1. L’intersectorialité : sortir du piège des politiques en silos
La santé n’échappe pas à l’écueil d’un pilotage vertical. De ce point de vue, les pratiques inspirantes conjuguent des expertises complémentaires et décloisonnent les services. Un exemple frappant demeure la démarche « Health in All Policies » (La santé dans toutes les politiques) expérimentée dans plusieurs pays scandinaves et reprise en France, encore timidement.
- Conditionner les projets urbains à une analyse d’impact en santé et en équité, à l’image de l’« Urban Health Observatory » de Londres.
- Coordonner habitat, transport, éducation et culture pour identifier les populations à risque d’isolement ou de précarité et cibler l’action dès l’enfance.
- Favoriser les structures hybrides (maisons de santé pluriprofessionnelles, plateformes de prévention) qui permettent le travail collectif sur le terrain.
2. L’ancrage territorial : le local comme laboratoire d’innovation sociale
Les inégalités de santé ne se résolvent pas à Paris, mais dans les quartiers. Créer des indicateurs locaux, mobiliser la parole des habitants et donner de véritables marges de manœuvre aux acteurs de terrain s’avère crucial. Plusieurs territoires pionniers montrent la voie :
| Exemple |
Type d’action |
Résultats |
| Plaine Commune (Seine-Saint-Denis) |
Croisement santé, aménagement urbain et accès aux droits |
Amélioration du recours aux soins et du lien social |
| Nantes Nord |
Interventions sur le logement, l’alimentation, la mobilité |
Baisse du sentiment d’insécurité et augmentation de l’activité physique |
| Villeurbanne |
Groupes d’habitants pour co-construire la ville inclusive |
Propositions concrètes prises en compte dans les projets de rénovation |
L’ancrage local permet d’identifier les freins cachés, de mobiliser des ressources insoupçonnées et d’installer un dialogue capacitant avec les citoyen·nes.
3. Prioriser la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale
En France, la pauvreté ne recule plus depuis 2008 et touche 14,5 % de la population (INSEE, 2022). Or, les expériences internationales montrent que les politiques sociales fortes (revenu minimum, accès universel à la petite enfance, aides au logement, tarification sociale des transports) ont un impact plus fort sur les indicateurs de santé que les seules politiques sanitaires traditionnelles.
- Le modèle suédois combine redistribution, haut niveau de services publics et lutte contre les discriminations (OCDE, Health at a glance 2023).
- En Finlande, l’investissement précoce dans le soutien aux familles réduit, à long terme, le recours à l’hospitalisation et l’entrée en dépendance.
En France, le renforcement des Centres communaux d’action sociale (CCAS), la création de guichets uniques d’accès aux droits ou l’expérimentation Territoire « zéro non recours » (Atd Quart Monde) sont des pistes prometteuses.
4. Adapter l’urbanisme et les services au vieillissement et à la diversité sociale
Le vieillissement de la population urbaine accentue certains risques : isolement, perte d’autonomie, accidentologie, précarisation. Trop souvent, les politiques urbaines ne tiennent pas compte des besoins spécifiques des plus âgées ou des personnes en situation de handicap.
- Développer des logements adaptés, intergénérationnels et accessibles (voir le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique, 2021).
- Améliorer l’accessibilité physique et sociale des espaces publics, par exemple par des « marches exploratoires » réalisées avec les personnes âgées.
- Penser les mobilités pour tous âges et fragilités, notamment via des transports à la demande et des plans de déplacement adaptés.